Renault : la nouvelle vie de consultant du patron de la F1

by | 27 septembre 2021

Cyril Abiteboul, qui avait quitté ses fonctions de patron des activités sportives de Renault en début d’année, a rejoint à la rentrée de septembre 2021 Circle en tant que senior advisor – un rôle taillé sur mesure dans lequel il devra vendre et conduire des missions, avec la possibilité de devenir partner à terme si la sauce prend bien.

Un marqueur pour le cabinet qui entend multiplier les arrivées de gros bonnets avec l’ambition de passer rapidement de son statut actuel de boutique à challenger crédible des historiques du conseil en stratégie. 

 Le 11 janvier 2021, la nouvelle fit l’effet d’une petite bombe dans la Formule1 : Cyril Abiteboul, 43 ans, figure du retour de Renault en tant qu’équipe de F1 à part entière depuis 2015, quittait ses fonctions, remplacé par un ancien du BCG.

Neuf mois plus tard, le voilà qui rentre en tant que senior advisor chez Circle, la boîte de conseil en stratégie lancée entre Paris et Bruxelles en 2019 et qui veut se faire un trou dans le marché de la strat’ en y cassant les codes.

Une nouvelle corde à l’arc de Cyril Abiteboul qui n’a pas chômé depuis son départ de Renault. En mai, premier rebond, non loin de Renault d’ailleurs : il devient consultant auprès des activités sportives de Mecachrome, la société d’ingénierie, partenaire de longue date de Renault F1, qui fournit actuellement la F1, la F2 et la F3.

Dans le même temps, il mutait en venture partner du fonds de capital-risque HCVC, pour accompagner le fonds sur les thématiques liées aux nouvelles technologies dans l’automobile.

Le conseil en strat’ en plus à présent ! Une arrivée chez Circle arrangée de manière très opportuniste. Cyril Abiteboul avait vu les passages d’Augustin van Rijckevorsel, le CEO de Circle, sur la chaîne dédiée à l’économie et à la finance, B Smart, où il coanime une émission dédiée à la stratégie d’entreprise. Augustin van Rijckevorsel avait, de son côté, noté le départ surprise de Cyril Abiteboul. Quelques messages LinkedIn et quelques déjeuners plus tard, l’affaire est dans le sac !

Un sceptique du conseil devient consultant

Pourtant, faire de Cyril Abiteboul un consultant en stratégie n’allait pas de soi tant l’ancien patron de la F1 chez Renault n’a que peu d’estime pour la profession en général à l’aune des missions qu’il a pu observer chez Renault (gros acheteur de conseil, relire nos articles ici et ).

« J’y étais exposé, quoique les consultants que j’ai vus à l’œuvre ne se sont pas hasardés à inférer dans l’activité opérationnelle F1. Mon impression est qu’ils ont tendance à être déconnectés. Déconnectés des réalités, déconnectés des faisceaux de contraintes qui s’appliquent à un groupe de la taille de Renault. Ils peuvent aussi représenter un risque de déstabilisation des équipes internes dans une industrie automobile extrêmement ébranlée et dans un groupe dont la gouvernance a changé régulièrement. Quand vous ajoutez à ces facteurs d’instabilité des consultants en stratégie aux mandats ambigus, vous aboutissez à des missions qui ne sont jamais des aides, et n’aboutissent qu’à stresser les équipes et à créer de la défiance en cherchant à confirmer l’avis du top management », étaye-t-il.

Autant de travers dont il voudrait s’affranchir dans ses propres mandats de consultant. « Il peut y avoir quelque chose de très noble dans le fait de conseiller. Je continue de penser qu’un mandat clair et bienveillant peut-être utile pour tout le monde. J’ai eu plein de discussion depuis six mois que j’aurais beaucoup aimé avoir ces six dernières années et qui m’auraient peut-être aidé à agir différemment en tant que patron d’équipe de F1 sous pression sportive, médiatique et financière », dit-il encore.

C’est aussi la raison pour laquelle il a choisi Circle – estimant que la boutique qui fait d’une certaine rupture de ban une marque de fabrique correspond bien à ce qu’il a vécu dans la reconstitution d’une écurie de F1 avec la marque Renault. Si d’autres touches ont sans doute eu lieu avec d’autres cabinets, il ne souhaite pas en faire mention.

Un pur produit Renault

« J’aime les underdogs », lâche-t-il. Renault et Cyril Abiteboul, ce sont en effet quelques épisodes mémorables qui ont lui vissé au corps la résistance à la pression et le sens de la débrouillardise.

Il est là quand le pilote Nelson Piquet junior affirme que des cadres de Renault F1 Team lui ont demandé de se saborder volontairement à Singapour en 2008, pour favoriser son coéquipier Fernando Alonso, victorieux de la course, provoquant un tollé.

Il est là au retour d’Alpine, marque créée en 1955 dont le dernier modèle avait été arrêté dans les années 1990. Elle est relancée en 2012. Elle devient même la marque de F1 du groupe Renault pour la saison 2021, après que Luca de Meo, le CEO italien de Renault, a décidé de la positionner en porte-étendard du haut de gamme made in Renault. Une réorganisation qui échoit à Cyril Abiteboul, juste avant qu’il ne quitte le groupe.

Déjà, six ans en arrière, en 2015, après le rachat de Lotus par Renault, c’était déjà lui le chef d’orchestre du retour de Renault comme écurie à part entière. « Période que j’ai beaucoup appréciée que ce soit dans l’élaboration d’une feuille de route stratégique à cinq ans que dans sa déclinaison opérationnelle à 360 degrés », raconte-t-il a posteriori. L’écurie passe de la 9e place des constructeurs en 2016, à la 6e en 2017, à la 4e en 2018 puis se stabilise au 5e rang.

Il manage 250 personnes en 2015 et… 1 200 lorsqu’il part en 2021. Des fonctions dans lesquelles il a la main sur 350 millions d’euros de budget : un périmètre qui inclut le suivi des compétitions, la conception et l’exploitation des voitures, la R&D, la fabrication… Il y répond en direct au comex du groupe et notamment à Carlos Ghosn.

Un Carlos Ghosn dont il assiste à l’arrestation comme l’ensemble des collaborateurs du groupe avec une certaine sidération. Et de manière plus directe pour lui, le départ soudain du CEO a pour conséquence une succession de directeurs marketing à qu’il a dû réexpliquer à jet continu le pourquoi du comment de Renault et de la F1 – au point d’y consacrer une partie quasi majoritaire de son temps.

Quelques années de conseil en strat’ et plus si affinités

Autant d’obstacles affrontés et de périmètres larges de haut niveau assumés qui ont convaincu Circle de miser sur la carte Cyril Abiteboul. Pour le cabinet, il pourrait faire un bon profil senior pour développer le cabinet en France – un profil qui représente aussi un investissement significatif pour le cabinet, sans qu’aucun chiffre n’ait été rendu public.

« Circle ne veut pas rester une boutique et nous ne cachons pas nos ambitions. On veut rivaliser avec les plus gros de la place et pour y arriver nous entendons aller chercher des profils très seniors. Cyril Abiteboul a de vraies aptitudes stratégiques tout en ayant mis les mains dans le cambouis en faisant émerger une équipe de Formule 1 à partir de rien, avec des feed-back hebdomadaires au comex du groupe Renault, avec la gestion de grosses enveloppes de sponsoring », pousse Augustin van Rijckevorsel, le CEO de Circle.

Chez Circle, évidemment l’auto pourrait être un dada de prédilection de Cyril Abiteboul – à commencer par le mandat Mecachrome qu’il servait avec une société personnelle (Circa) créée pour l’occasion et qui pourrait passer dans le giron de Circle. Mais il entend aussi avoir la même démarche que quand il gérait Renault F1 en cumulant des partenaires issus de secteurs très divers : médias, tech, énergies, logistiques… « Ce ne sont pas des étiquettes sur une voiture, mais des associations de marques fouillées. Ce que j’ai fait avec la F1 chez Renault, Circle veut le faire avec ses clients dans le conseil en stratégie », avance-t-il.

Le Parisien de 43 ans, père de deux filles qui est heureux d’entrer dans une phase professionnelle moins chargée en déplacements en avion, se laisse quelques années pour tester l’expérience conseil en strat’. Pour voir, et plus si affinités. Tout en étant d’ailleurs très conscient qu’il pourrait au bout d’un moment vouloir revenir aux industries, anticipant déjà une forme de frustration quant à la posture du consultant.

En attendant, Circle poursuit sa croissance : le cap des 50 à 60 consultants serait en vue pour la fin 2021.

Benjamin Polle pour Consultor.fr

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